L'ancienne zone démilitarisé au centre du Vietnam, fut la plus meutrie pendant la guerre. Les stigmates duconflit y sont toujours présents, dans le paysage et chez les habitants qui sont parmi les plus pauvres du pays. Ils sont aussi les plus touchés par les résidus des bombardements intensifs menés de 1965 et 1973.
Des rizières, où les paysans se cassent en deux sous la bruine, et des cimetières, où se reposent des soldats par milliers. Un mélange de vie et de mort. Voilà ce qu'offre la route qui traverse la province de Quang Tri, au centre du Vietnam. Elle attire chaque jour des touristes, même si, aujourd' hui, il n'y a plus grand chose à voir : une église déchiquetée, les tunnels de Vinh Moc, le pont sur la rivière Ben Hai, la base américaine Khe Sanh, et c'est à peu près tout. Difficile de se faire une idée de ce qu' à enduré cette province coupée par le 17ème parallèle, là où s' étalait la zone démilitarisée, sur quelques kilomètres de part et d'autre de la ligne de démarcation entre le Vietnam du Nord et celui du Sud, avant 1975 et la réunification du pays sous la bannière communiste. Plus de 15 millions de tonnes de bombes larguées par l'armée américaine entre 1966 et la fin de la guerre, une terre dévastée, des cratères et plus aucune végétation, et personne, où presque. Sur les 3500 villages que comptait la province, seuls une dizaine étaient encore debout à l' issue du conflit. Aujourd' hui, à Dong Ha, la capitale, et tout autour, la guerre semble définitivement appartenir au passé.
Le backpacker qui achète un de ces one day tours organisés depuis Hué, situé à moins de 2 heures de route, ne soupçonne pas qu' elle sème encore la mort.
Le ministre américain de la Défense estime que 10% des bombes larguées durant le conflit n' ont pas fonctionné. Le sol de Quang Tri est rempli d' explosifs encore intacts, prêts à sauter au moindre faux mouvement. Beaucoup a été entrepris, depuis 1975, pour rendre la terre plus sûre. L'armée vietnamienne a d' abord fait le plus gros, dégagé les surfaces des périmètres les plus touchés, tout simplement pour que la vie puisse redémarrer. Puis les ONG ont pris le relais, et ont nettoyé plus en profondeur. Un vrai travail de bénédictin, parfois décourageant. Près de la moitié de la surface de Quang Tri est aujourd' hui encore considérée comme dangereuse. "Il est impossible de dire quand tout sera terminée", confie Chuck Searcy. Ce vétéran américain, revenu au Vietnam en 1995, a pris il y a cinq ans la tête du projet Renew ("Restoring the Environment and Neutralizing the Effects of the War"), initié par le Vietnam Veterans Memorial Fund, l'association à l' origine du Mur qui, à Washington, rend hommage aux soldats tombés ici. Cet ancien agent de renseignements, qui était basé à Saigon entre juin 1967 et juin 1968, explique que, "toutes les semaines ou presque, il y aun accident quelque part".
Nettoyer et éduquer.
L' année dernière, 41 personnes ont été tuées ou mutilées. Ce qui porte le nombre de victimes à 66946 depuis 1975, dont 2591 morts. Cela représente plus de 1% de la population de Quang Tri, mais en réalité, le nombre de personnes affectées est bien supérieur. C' est toute la famille qui pâtit, émotionnellementbien sûr, mais aussi financièrement, de la mort d' un mari, ou des blessures d' un enfant dont il faut supporter la prise en charge, immédiate, mais aussi sur le long terme. Cette province est l' une des plus pauvres du Vietnam et cet état de dénuement est aussi à l' origine de bien des accidents. Ce sont les plus pauvres qui sont touchés : la quasi-totalité des victimes gagnent moins de 325 dollars par ans. Dès lors, comme l' explique Chuck Searcy, "quand un paysan trouve une bombe dans son champ, la tentation est forte de la découper pour vendre le métal, ce qui peut lui rapporter l' équivalant d' un mois à suer sang et eau dans les rizières. Luyen, agé de huit ans à l' époque, raconte ainsi comment son père et un de ses voisins ont étés tués par l' explosion d' une mine qu' ils tentaient de transporter à l' intérieur de la maison. Sa mère, qui cuisinait, s' est retrouvée paralysée à cause d' un éclat de métal qui s' est planté dans son dos. "Mon frère a été forcé de quitter l' école, et moi, je travaillais dans les champs chaque fois que je pouvais", confie-t-il.
Voilà pourquoi, ici, on ne peut pas se contenter de nettoyer le sol. En parallèle, il faut aussi éduquer, sans relâche. Des panneaux sont posés aux endroits les plus fréquentés, le long des routes, près du chemin de fer. Des séances de formation sont dispensés par l'organisation de la jeunesse vietnamienne, l' un des partenaires locaux, pour apprendre aux gens comment se comporter s' ils sont confrontés à un objet qui leur semble suspect. Prévenir, et tenter de guérir. L' assistance aux victimes est également une composante essentielle du projet Renew. Des programmes de microcrédit ont été mis en place pour essayer de réparer les conséquences financières d' un accident. Do Thien Dang en est l' un des bénéficiaires. Sans se départird' un sourire qui cache sa gêne, il explique qu' il a sauté sur une mine en 1980, alors qu' il se baladait dans un champ, à la recherche de bois pour construire le toit de sa maison. Il a perdu ses deux jambes. En 2002, il a bénéficié d' un prêt de 100 dollars pour démarrer une culture de champignons, qui lui assure des revenus saisonniers venant largement amélioré l'ordinaire de sa femme et de ses trois enfants. Agé de 45 ans, cet homme a survécu à la fois à la guerre et à cette drôle de paix dont la mort ne veut ne veut se décoller. Tant que ce sera le cas, Chuck Searcy continuera. "Je ne me sens pas coupable, mais je ne peux échapper à mes responsabilités", avous gravement cet homme grand et mince à l'allure aristocratique. Puis il reprend : "C' est important pour moi de montrer que certains américains ont le sens de la responsabilité. C' est un problème que nous avons créé, il est de notre devoir de le crriger."
TEXTE : MATTHIEU VADIME |