Des somptueux mélodrames d'époque aux films d'horreur en passant par le kung fu et les histoires d'amour, le cinéma asiatique a déferlé sur le Marché du film de Cannes, enregistrant la plus forte progression de participation.
"On a constaté une forte progression de l'Asie en général -- +23%, soit 16% des 10.026 participants-- et plus particulièrement de la Chine, de l'Inde et dans une moindre mesure de la Thaïlande et de l'Indonésie", détaille à l'AFP Jérôme Paillard, le directeur du Marché du film.
Derrière le tapis rouge des marches, le Marché du film se déploie dans un dédales de stands de présentation de films. Pas moins de 4.471 films de 89 pays, déjà finis ou encore en production, vont tenter de séduire les 1.600 vendeurs qui arpentent les allées.
Les amateurs des comédies musicales déjantées produites à Bollywood et de films un peu moins typés devraient trouver de quoi se repaître.
"Il y a une affluence record des représentants de l'industrie indienne du film", affirme à l'AFP Alice Coelho du distributeur indien Eros.
Le film qui tient le haut du pavé est le remake, produit par Eros, de la tragédie shakespearienne "Othello". En version indienne, le titre devient "Omkara" et devrait être sur les écrans à travers le monde en juillet.
L'Inde ne se résume pas à Bollywood, cette inépuisable usine à "soap". Depuis deux ans sont apparues sur le marché des sociétés de distribution indépendantes qui achètent des films européens, à diffuser dans les nouveaux réseaux de multiplexes installés dans les grandes villes, explique M. Paillard.
La société PVR a acheté par exemple "Paris, je t'aime", présenté hors compétition à Cannes, et "Les chevaliers du ciel", Forum Firms s'est emparé de "Lemming" et "De battre mon coeur s'est arrêté".
La Chine attire aussi tous les regards et tous les appétits: "la progression de ce marché est encore loin de ce qu'il pourait être par rapport à sa taille, tant en production qu'en acquisition. Mais on sent bien à Cannes que les choses devraient bouger assez vite", analyse le directeur du Marché, qui voit apparaître dans le jeu mondial des sociétés très solides financièrement.
Certains anticipent déjà l'explosion de ce marché, à l'instar de MK2 qui construit des salles dans le pays, par des accords en joint-venture avec des sociétés chinoises.
Cette année encore, le cinéma chinois dépense des fortunes pour faire sa publicité à l'image du demi million de dollars consacré à la promotion d'un film à succès, avec costumes d'époque: "Le Banquet" met en vedette l'actrice Zhang Ziyi ("Tigre et Dragon", "Mémoire d'une geisha", "2046").
Le film a déjà été acheté par StudioCanal (France), Eco Films (Portugal), Momentum Pictures (Grande-Bretagne et Espagne), Atasagun Films (Turquie) ou encore Korean Screen (Corée).
La vitalité du cinéma asiatique se lit aussi à travers des films comme "The White Silk Dress" (la robe de soie blanche, ndlr) produit par Vietnam Media Corp. Cette histoire d'amour se déroule dans les montagnes et met en lumière les conditions de vie difficiles d'une minorité éthnique et les espoirs d'une vie meilleure.
Considéré comme le meilleur film pour l'année 2006 au Vietnam, le film a été vendu en Chine, en Malaisie et en Indonésie. La société attend de savoir si le film a été retenu pour le festival de Venise, selon un de ses représentants, Le Thu Trang.
Le marché de l'horreur "est en pleine santé", estime pour sa part Tom Waller, producteur et réalisateur de "Ghost of mae Nak", de Thai Tiger Entertainment. Déjà vendu en Asie, le film a accroché d'importants distributeurs européens, comme Tartan Films, le spécialiste britanique du frisson.
Source : AFP - 26 Mai 2006 - |